Peyresq

La parole m’est laissée, le temps de quelques pages, afin de t’initier au concept de Peyresq (kézako ? attends, ça vient).
Le mot « initier » est pour le coup bien choisi : j’aurai beau t’en parler des lignes et des lignes durant, la seule personne
capable de le définir correctement, c’est toi, ô lecteur, en y allant, dans ce fameux village !
Et ça tombe bien : mon job, cette année, sera de t’y emmener héhé.
Ah c’est un village, pas une marque de camembert ?
Peyresq est un hameau de montagne (c’est encore plus petit qu’un village), situé en Région Provence-AlpesCôte-d’Azur
-oui, là où ils aiment bien voter Marine Le Pen, oups. L’été il y fait beau et chaud, l’hiver on se les pèle, le
réseau téléphonique y est aux abonnés absents, y’a qu’une route qui y mène, et passé Peyresq, il n’y a plus rien, même pas
de route. C’est dire l’isolement !
Doux Jésus, mais quelle idée d’aller se fourrer là-bas ?
Sache qu’on y fourre plutôt l’agneau lors du méchoui, mais c’est une autre histoire…
1950. Peyresq est un tas de pierres inhabité. Ses maisons sont en ruine, ses villageois partis, et pourtant…
un irrésistible Bruxellois en tombe amoureux. Regardant tout ce gâchis, mais pas défaitiste pour un sou, v’là-t-y pas
qu’il appelle ses copains. « Dis Jacquot, ça t’dirait pas de racheter des cailloux en France ? J’te jure c’est beau, puis on y
emmènerait les students là, ces gusses qui font semblant d’utiliser leur tête mais qui ont deux mains gauches, on leur
apprendrait que la vie c’est pas que les sciences de l’esprit, et hop hop »
Jacquot est séduit, et de fil en aiguille, bien d’autres : ULBistes, Montois, associations d’anciens étudiants achètent maisons
et billets de train, s’en vont à la montagne, se regroupent au sein de l’association Pro Peyresq et entreprennent de
faire revivre le village.
2017. Peyresq est un tas de maisons dont le charme est plus rustique que de style Hilton. L’été, sa jolie place
résonne des cris des enfants, des boules de pétanque qui s’entrechoquent, du bruit du maillet que les étudiants du CP
manient entre deux gorgées de pastis,… L’hiver, une famille, valeureuse, y habite. Valeureux Français vivant en harmonie
avec tous ces Belges qui montent joyeusement chaque été à Peyresq.
Parce qu’à Peyresq l’harmonie est de mise. Le moment est critique : il va me falloir te décrire une vie communautaire sans
que tu me prennes pour, au choix, une scientologue (pas évident), une communiste (pas évident non plus), une idéaliste
(ça c’est ok).
De 0 à 100 ans, tout le monde est le bienvenu ! Les repas se prennent en commun, à l’air libre. Une fois par
semaine tu feras le service et la vaisselle et ce sera marrant. Si les enfants se sont mis en tête de faire un spectacle, tu iras
le voir. Si tu t’es mis en tête de te mettre sur la tronche à 10h du matin, le village te regardera avec bienveillance.

Tu feras ce que tu veux, tant que tu respectes l’autre, et ensemble vous vous rendrez la vie agréable (et au goût anisé, souviens-toi
du pastis). T’apprendras des trucs de Bruno, qui t’expliquera comment faire un lit superposé, tu lui montreras comment
t’es doué en scoubidou, vous irez faire une rando (ou pas), l’apéro venu le saucisson sera partagé et ce sera super !
Ok, ok mais…la Polytechnique ?
Nos Alumnis sont des gens super : ils ont acheté une maison, doucement prénommée Evariste Gallois (va voir
sur Wikipedia qui est ce type, il est super aussi), et laissent au Cercle Polytechnique (nous, toi, le voisin, bref ) le soin de
l’occuper les deux premières semaines de juillet !
Alors on fonce, on y va, on covoiture sur les 12 heures de trajet, puis on envahit la maison, on sort le saucisson, le Get 27
et les ronflements ! On picole un peu, on rit beaucoup, on sort un jeu de société qu’on abandonne pour jouer à la pétanque
qu’on abandonne pour aller faire la sieste, on mange, on re-picole un peu, on refait l’électricité de la maison, oh c’est
l’heure de manger ! Et la vie s’écoule paisiblement (ou pas).
Comme au CP on est des gens super (rappel : nous, toi, le voisin, bref ), on invente des tas de blagues qui rythment le
quotidien du village. Chapeau de la honte ? Table picole ? Petite chanson ? Douche ? On dit OUI. On fait tourner un
agneau sur sa broche pendant toute une journée pour nourrir le village le jour du 14 juillet et ah qu’est-ce qu’on en est
fiers, de ce méchoui ! Bref… La nostalgie s’empare de moi et j’ai peur de verser une larme si je continue à me plonger
dans les souvenirs.
Ma mission, lecteur, lectrice, c’est de te convaincre de venir avec moi à Peyresq. Alors lis bien ces Engrenages, je te
révélerai tant et tant de secrets Peyrescans tout au long de l’année que tu n’auras qu’une envie : y aller et tout voir de
tes propres yeux !
Tu es dubitatif ? Tu te dis que tu connais personne au CP ?
No souci mon ami : la première fois que je suis allée à Peyresq, je connaissais personne (no joke) (genre : personne)
(au sens : no one). J’ai tellement aimé que j’y suis retournée, encore retournée, et boum maintenant je veux que tu
viennes avec moi. Parce que bon, partager c’est quand même super.

Je t’embrasse, cher lecteur, chère lectrice,
et je te dis à bientôt !
Mathilde K

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